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Interview de NOEL MATTEI


Je vous propose désormais, de découvrir (ou redécouvrir) NOËL MATTEI, un artiste qui a des choses à dire et à défendre. J'ai ressenti, au travers de cette interview (extraite du Magazine N°5), un coeur immense ... Un artiste touchant, qui fait tellement de bien ! ...

Photo de HUGO SOUCHET
Photo de HUGO SOUCHET

 

Bonjour NOËL MATTEÏ ! ... Après avoir été le leader du groupe MADINKÀ, durant dix ans, vous oeuvrez désormais en solo depuis 2013 ... Quelle est votre approche de la musique, votre univers ?

 

L’album découle, je crois, de toutes mes influences plus que bien digérées aujourd’hui (qu’elles soient musicales, littéraires, cinématographiques, photographiques…), qui s’entremêlent avec ce que je vis/ai vécu et ce qui passe dans ma tête pour créer avec des mots atmosphériques, de petites histoires, divers sentiments et liens relationnels. Pour les romans surtout et la construction de leur personnalité, mon statut de psycho-analyste et tout ce que j’ai pu emmagasiner depuis de longues années dans ce domaine, m’aide bien aussi pour que mes personnages partent en vrille, tout en restant crédibles … J’ai pu constater avec le temps que les auditeurs y adhèrent en général totalement … ou pas du tout ! Mais c’est quelque chose qui me plaît, que mes livres ou mes disques ne soient pas ressentis comme des objets au contenu tiède ! Une vision aussi sans doute très idéaliste d’une liberté et d’une indépendance qui sont très profondément ancrées en moi, car nécessaires j’en suis convaincu, notamment pour tenter de mieux aimer l’Autre, et l’aimer fort dans un instant T, qui ne doit rien attendre si ce n’est de pouvoir perdurer le plus longtemps possible ainsi, avant l’arrivée de toutes les foutaises humaines que sont la jalousie, l’égo, l’aigreur, l’amertume, la conception de l’autre comme faire-valoir ou placebo à nos propres maux, l’habitude qui nous rend trop aveugles, trop sourds …

 

Mais finalement je m’aperçois que c’est un univers que je crée artistiquement, de manière ultra spontanée, avec une envie certes "tripale" mais très spontanée et donc très peu réfléchie. Je m’aperçois en écoutant les autres ou en les lisant, qu’ils en parlent parfois mieux que moi ! Entre autres, pour exemples, Sébastien Bance a chroniqué le clip de "H.E.L.P.", sur le mag Longueur D’Ondes, en mettant l’accent sur tout ce que j’aurais pu dire vu que j’en étais le scénariste et le réalisateur, mais j’ai trouvé ça mieux encore. Buzy qui a très joliment participé vocalement sur deux titres de l’album, m’a dit le trouver très durassien et ça m’a fait extrêmement plaisir, sachant tout le bien que je pense du travail de l’une comme de l’autre. Et puis Manu (ex-Dolly) — qui est à l’origine de cette belle idée de sortir le roman Les Amours Anormales, sur un support audiobook, dans la nouvelle collection Velvet Audiobook du label Tekini Records— qualifie (positivement) l’univers du bouquin, ainsi que ma pochette d’album de poisseux ! (Rires).
 
Pour ce qui est de l’univers musical, dans Madinkà je n’avais composé qu’un seul morceau paroles et musique ("Les Dernières Lunes"). En revanche, je faisais tous les textes et les mélodies de chant, mais une fois seulement que l’instrumental était là. Depuis que je suis en solo, les choses ont surtout changé à ce niveau, et sur cet album par exemple, j’ai composé toutes les chansons paroles et musiques à l’exception de deux titres — "H.E.L.P." composé par les Lux et sur lequel je n’ai écrit que ma partie de texte, et puis "Rencontre-Moi" qui a été lui entièrement composé par ma fille pour la zic, je le précise ici car j’ai parfois tendance à l’oublier inconsciemment en interview, vu qu’il reste néanmoins "en famille", mais voilà donc qui est corrigé ! (rires)

 

Puis, c’est seulement quand j’avais tout l’album guitare/voix ou piano/voix (selon les titres), et une idée très précise des arrangements et atmosphères, ainsi que du son que je voulais entendre, que je suis entré en studio pour travailler les arrangements avec mon acolyte Nicolas Marsal, car je savais que sa sensibilité comprendrait parfaitement le voyage que je voulais faire, avec ce disque et l’auditeur. Il a réalisé/co-réalisé la quasi totalité de l’album à une exception près ("À Bout Pas Au Bout", qui a été réalisé par Manu).

 

Mais malgré cette façon de travailler qui me rend forcément auteur/compositeur aujourd’hui, je me sens néanmoins toujours plus auteur que musicien au sens propre du terme. Je me vois objectivement plutôt comme un mélodiste et/ou un "faiseur de chansons", car ça je sais faire alors que jouer en live par exemple, c’est une chose que je préfère laisser à d’autres à mes côtés, qui le font mieux que moi, sans compter qu’avec le stress, je préfère ne gérer que mon chant sur scène, ça me suffit amplement ! J’ai quand même réussi à rentrer mes grattes et mes pianos sur cet album, car le fait de les avoir composés m’a permis je crois, de me dépasser et de dépasser mon anxiété, avec un immense merci à Nicolas qui a si bien réussi à me mettre à l’aise pour donner le meilleur lors des recording instruments ! Et puis Dominik Nicolas (ex guitariste-compositeur et co-fondateur d’Indochine) m’a beaucoup aidé en ça aussi, car il fut un des tous premiers à me pousser à composer seul mes morceaux, paroles et musiques, quand nous bossions ensemble sur son album solo et que pendant nos pauses je grattais sa mythique Fender Mustang et lui faisais écouter mes compos souvent non encore abouties. Je voyais qu’il aimait les mélodies, même si je ne les lui jouais pas très bien, des fois il prenait une seconde guitare et rejouais rapidement les accords ou des contre chants, bref des tous petits trucs mais qui donnaient très vite vie au morceau et me donnaient confiance. J’étais très à l’aise avec lui, car c’est quelqu’un de simple et de généreux et ses conseils de composition furent d’ailleurs ultra précieux pour moi par la suite, vu les goûts communs que nous avons et combien sa façon de faire et de sonner me parle et me séduit !

 

 
Après avoir sorti deux EPs, en 2013 et 2015, vous venez de sortir, fin avril, votre premier album "L'ECHO DES LIENS ENFUIS" ... Pouvez-vous nous en parler ?

 

C’est un album tant romantique et passionné que d’une lucidité bienveillante, mais implacable. Dans ses sons électro, pop mais très rock aussi, ses musiques calmes ou très rapides, mais où mélancolie voire nostalgie pointent toujours. Le disque refuse la normalisation sociétale des relations (car il en existe malheureusement une, même en 2018 !) pour des sentiments forts et purs qui priment la raison. C’est paradoxalement ce qui fait naître aussi souvent, dans les morceaux, l’impossibilité ou l’échec final d’une relation qui s’est abîmée (seule ou via l’extérieur), mais où les sentiments restent pourtant intacts, sauf qu’ils sont hélas rattrapés par l’attraction terrestre.

"Leur lien d’affection solaire
Qu’ils voulaient ainsi définir…
Mais c’était mentir
Un peu mentir
Juste pour sentir le vent
Le vent longtemps
Et non l’attraction terrestre
Juste pour figer le temps
Le temps qui tend
À ne dire que ce qu’il reste…"
(Extrait de "Un Peu Mentir"
de l'album L’Écho Des Liens Enfuis)


Je me suis accordé beaucoup de libertés aussi, je voulais un climat très fort avec un fil rouge, sans pour autant exploiter un filon et refaire quasiment 13 fois le même titre. Je voulais que chaque chanson ait sa singularité (il y a même des interludes minimalistes que j’adore et qui participent à ce climat, qui permettent d’ancrer le propos, les images, les ressentis que distille le skeud, plage après plage). Mais je tenais en revanche, que l’album ait aussi sa propre singularité d’ensemble et ne soit pas un patchwork compilant des titres qui n’auraient eu aucun lien entre eux. Je ne désirais aucun lien enfui pour le coup, à ce niveau là ! Tous les titres présents sont totalement inédits et ne se retrouvent sur aucun autre enregistrement studio existant. Seuls deux d’entre eux ont déjà été joués en live par le passé et dans des versions un peu différentes ("C’est Rien" et "XX/XY"), mais comme ce sont deux titres que j’adore et qui surtout collaient parfaitement au thème des liens enfuis, ils se sont retrouvés sur la tracklist — après que nous les ayons réarrangés et remixés dans le même mood que l’album — mais cet opus n’est en rien une redite des deux premiers EP (qui ont d’ailleurs existé et existent comme des mini-albums avec toujours minimum 2 singles qui en furent extraits, des clips chiadés, une cohérence et des ponts d’univers avec le reste de mes disques et livres, etc…). Et puis des titres comme "Mon Enfant", "à part" ou "Dis-Lui" ... je les adore !


 

Après je dois dire quand même, que mon projet solo devait être au tout départ, un projet parallèle à Madinkà, il n’y avait pas — en tout cas concrètement ou consciemment — une envie de séparation et de fin du groupe. Donc comme ce que nous faisions était très rock, même si l’éléctro y trouvait de plus en plus sa place sur l’album 36.02, je pense que j’ai eu envie très certainement de visiter des contrées plus electro que ce que nous faisions avec les Mad, car je voulais que ça me ressemble mais que ce soit tout nouveau aussi, c’était un peu le but d’une escapade musicale en solo … Mais maintenant que ce projet solo est mon projet musical principal, c’est vrai que j’ai aussi eu besoin de retrouver des grattes comme je les aime, claires et brillantes avec des delays planants, comme noisy et bruyantes, une plus grosse partie d’organique aussi de façon générale, certains synthés par exemple, joués au milieu des prog et de quelques autres sons électro… C’est un album studio donc produit, electropop qui plus est, mais paradoxalement très brut ! Les morceaux sont beaucoup moins chargés en pistes que ne l’était en 2013, un titre comme "Lesbian Boy" par exemple.
Je pense que ce disque puise, tant dans Madinkà que dans mes deux premiers EP’s solos et au-delà, dans mes références que j’ai depuis que je suis môme et ado, je crois surtout qu’il est lumineux dans sa création car décomplexé de tout et totalement spontané, voire inconscient, c’est ce qui fait qu’il me ressemble autant au final ! Avec Nico, on a été à l’efficace, pour laisser de l’espace aux instruments essentiels que nous voulions entendre (qu’il y ait un gros son ou pas d’ailleurs selon les titres) mais sans loops qui tournent dessous et partout pour rien. C’est sans doute ce qui confère à l’album, cet état d’esprit très rock, tout en restant électro-pop.

 

 
Votre single "H.E.L.P.", sorti le 22 décembre dernier, est un duo très particulier avec LUX FOR THE MONSTERS ... Quelle est l'histoire de ce titre ?
 
Matieu, des Lux For The Monsters, était passé chez moi un jour et alors qu’il écoutait certaines de mes démos, il m’a dit qu’il venait d’écrire un titre en français. Le morceau lui plaisait beaucoup et il m’a proposé de l’écouter. J’ai adoré. Un pur coup de coeur ! Matieu m’a dit alors "Si tu l’aimes tant, on te le file et tu le modifies comme tu le souhaites". Mais je ne savais vraiment pas comment m’intégrer à ce projet. Mais au bout de quelques semaines, j’ai eu l’idée de ne rien toucher à leurs parties, mais de m’insérer en parlant dans les trous instrumentaux comme un jeu de questions/réponses, un dialogue. Le résultat leur a plu, c’était très cinématographique au final. Moi aussi j’adorais.

 

L’idée d’écrire à 3 dessus, en me ramenant quand même à des choses qui me parlent, un univers, à des bouquins, des images, des films aussi qui me sont chers. Cette idée d’un lien qui s’était abimé avec le temps, mais qui restait toujours très fort et impossible à briser, collait de plus parfaitement à la thématique de l’album et à son titre.

 

Alors j’ai scénarisé le clip et suis parti le réaliser en Suisse, à Lausanne plus exactement avec Benjamin Thomas que j’avais casté pour le trailer de Les Amours Anormales (tourné par L’Atelier Belle Lurette) et je tenais vraiment à ce que soit lui qui joue dedans. Je savais qu’il serait parfait pour incarner le personnage et qu’il saurait jouer avec la caméra, comme je l’imaginais dans le scénario. Et je suis sincèrement fier du clip, car l’atmosphère qui alterne tant les jours solaires du début, que les heures pesantes de la quasi-fin de l’histoire, illustre parfaitement et avec une réelle émotion la force des ambiances textuelles et instrumentales de la chanson.

Je reviens en arrière, avec votre tout premier single extrait de votre premier EP … "Lesbian Boy" est, selon mon avis, une pépite dans votre répertoire musical, agréablement hypnotisant ! ... Comment s'est passée cette première expérience, en solo ?

 

Merci ! C’était justement quand je ne pensais pas forcément que Madinkà s’arrêterait. J’ai rencontré Isa Somparé, musicienne qui avait des envies de réalisation d’un album electrop-pop. Elle aimait Gainsbourg, Biolay, Daho, Air … On est parti là-dessus et dans les nombreux titres qui sont nés, il y avait cette musique qu’elle m’avait apportée. J’ai aimé et elle m’a inspiré ce texte qui, sur fond de douce provocation, est un véritable hommage à la Femme. Je suis d’accord sur la bonne potentialité tubesque de cette chanson, par son coté hypnotisant notamment.

Merci beaucoup NOËL MATTEÏ, d'avoir accepté de répondre à mes questions ! ... Je vous propose de clôturer notre interview, comme ça vous inspire (Mot de la fin, détails à rajouter, originalité, ...) …

 

Merci Au Gré de la Musique ! Et je finirai, cette fois, sur cette phrase que j’aime beaucoup :

"La vie est un rêve, c'est le réveil qui nous tue." (Virginia Woolf)

 


Effectivement, très jolie phrase, qui fait réfléchir (Clin d'oeil)

Découvrez également les deux romans de NOËL MATTEÏ :

"Plus Bisensuel que Sexuel",

un premier roman aux Editions

Le Bord De l'Eau, remarqué au

Salon Du Premier Roman et au

Salon Du Livre.

"Les Amours Anormales"

sorti en 2016, aux Editions

du 38 et qui a bénéficié d'une

très belle presse.

Version Audiobook, parue

en mars 2018 !

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La version du magazine est disponible dans l'onglet "Magazine Complet" (Numéro 5)

Rédigé par Cindy